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30 novembre 2016

L’exemple de l’Alliance Franco-Tunisienne pour le Numérique

Semaine Economique de la Méditerranée à Marseille

Depuis quelque temps, on entend souvent dire, ici et là dans les « milieux autorisés », que cette fois c'est la bonne : oui, l'Algérie est bien décidée à s'ouvrir largement au marché, à diversifier sans frein son économie pour  se libérer de sa dépendance addictives aux seuls revenus (astronomiques mais en chute libre depuis deux ans) des hydrocarbures, à entrer avec enthousiasme dans la valse de la coopération-coproduction... avec la France, notamment.

Cette perspective a trouvé une confirmation à la Villa Méditerranée de Marseille, où se déroulait la Xe édition annuelle de la Semaine économique. Lors d'une conférence dédiée à  l'Algérie numérique, jeudi 3 novembre, on a pu en effet entendre Kaci Aït Yala, président de Chambre algérienne de commerce et d'industrie à Paris (la CACI France) affirmer que l'Algérie, qui a fermement  choisi la voie de la diversification de son économie afin de se libérer de son excessive dépendance aux hydrocarbures, représente bien des attraits pour un partenariat "gagnant-gagnant" avec la France. Et de citer les atouts de son pays, dont la croissance reste d'ailleurs positive (2,5 % en 2015, 3 % en 2016) malgré l'effondrement du prix du pétrole : la diaspora algérienne en France s'élève à 5 millions de personnes, dont 400 000 cadres supérieurs et chefs d'entreprise ; de l'autre côté de la Méditerranée, 75 % des 40 millions d'Algériens ont moins de 36 ans et sont "bien formés" dans des universités gratuites et, concernant précisément l'univers du numérique, l'Algérie dispose aujourd'hui de 140 000 développeurs, tandis qu'elle forme quelque 30 000 informaticiens chaque année... alors même que la France manque de développeurs.

Quand l'Algérie veut mettre les bouchées doubles pour développer le numérique

Ainsi l'Algérie affiche-t-elle aujourd'hui un profil paradoxal : entre 2014 et 2015, le parc Internet a fait un bond stupéfiant de + 83,80 %, passant de 10,11 millions à 18,58 millions d'abonnés, dont 16,319 million enregistrés pour l'Internet mobile 3G. Ces deux chiffres suffisent à eux seuls à témoigner de l'appétence fulgurante du pays pour la transition-révolution digitale, et pourtant « les autorités algériennes reconnaissent que le pays est en retard » sur le développement numérique, et... c'est justement pourquoi elles sont décidées à mettre les bouchées doubles, a-t-on cette fois pu entendre lors d'une autre conférence, organisée vendredi 4 novembre par le Ministère des Affaires étrangères et du développement international, en coopération avec Business France, et essentiellement axée sur les pays du Maghreb.

Du coup, le handicap d'hier est source d'opportunités pour demain. « Il y a de quoi faire ! », s'est exclamée la conférencière, Louisa Aïnouz, conseillère Export et nouvelles technologies au bureau Business France d'Alger. Et de détailler les nombreux secteurs où l'Algérie affiche une attente forte : formation, e-administration, réalisation de data-centers, e-learning, bibliothèques numériques, e-Santé, télémédecine, e-paiement et m-paiement, logiciels notamment pour banques et compagnies d'assurances, certification et signature électroniques, cybersécurité...

Bref, l'Algérie apparaît comme un marché prometteur. Mais les Algériens, on le sait, refusent d'être considérés comme un simple « marché », et revendiquent à juste titre un partenariat entre pairs - "Nous n'avons pas besoin d'argent, mais du savoir et des hommes", avait aussi affirmé, la veille, Kaci Aït Yala.

L'exemple de l'Alliance numérique franco-tunisienne

C'est précisément ce mode de fonctionnement en binôme qui prévaut au sein de l'Alliance numérique franco-tunisienne, créée en 2013, et qui enregistre de beaux succès, comme l'ont rappelé lors de cette conférence de vendredi 4 novembre les représentantes de Business France en Tunisie, Sanaa Tahrir et Zohra Sadok. Le pays compte en effet 1200 entreprises TIC cumulant 95 000 emplois, tandis que le secteur, en forte croissance, représente 7,4 % du PIB. L'ambition des autorités est forte : le Plan Tunisie digitale 2020 veut faire du pays une référence  internationale en la matière, et dispose pour cela d'un budget de 600 millions d'euros pour stimuler l'implantation d'entreprises, une adminstration zéro papier, la formation...

"L'Alliance franco-tunisienne pour le numérique compte 49 partenaires à ce jour, précisent les conférencières. Les binômes d'entreprises ciblent la communication digitale, la cybersécurité, le développement de logiciels, l'e-éducation, l'e-santé, les systèmes d'information géographiques, etc. De grandes entreprises adhèrent à l'Alliance, comme Thales, mais aussi beaucoup de PME et d'universités. En fait, l'Alliance déploie une stratégie commune vers l'Afrique et le Moyen-Orient en capitalisant sur les compétences et la position de hub de la Tunisie. Nous avons organisé plusieurs événements de promotion, en Tunisie et en France, et accompagné plusieurs binômes dans des événements d'accès au marché en Afrique - Alger, Abidjan, Douala... - ainsi qu'à Dubaï." Et enregistré plusieurs réussites dans la conquête commune de marchés internationaux. Par exemple, le binôme franco-tunisien Discovery/Softway Medical a gagné un important contrat (équipement en solution softway) en Côte d'Ivoire, avec la principale clinique d'Abidjan.

Bref, l'Alliance franco-tunisienne est une équipe qui gagne ! Alors, pourquoi ne pas aller aussi vers la création d'une Alliance numérique franco-algérienne ? Comme une première étape vers une coopération élargie à tous les secteurs d'intérêt commun entre la France et l'Algérie.



Source : La Tribune